Dunkerque - Perpignan : de fleuve en fleuve

Le parcours d'une diagonale est toujours le résultat de choix : visites de cols ou de BPF, profil, circulation, …

La diagonale Dunkerque Hendaye avec la traversée de trois grands fleuves français est l'occasion de revisiter sur le terrain les leçons apprises en primaire.

Mon tracé est très à l'est des routes habituelles pour plusieurs raisons : tout d'abord le choix de ne pas traverser la Gironde sur un bac ni de franchir la Dordogne à St André de Cubzac dont la trajectoire mène tout droit sur Bordeaux. Libourne est donc un incontournable. Je souhaite y arriver d'Angoulème car je sais que la route est très facile au sud de Montmoreau. Le reste n'est ensuite qu'une histoire de quête de BPF.

Prologue

Avant d'attaquer cette diagonale, j'ai décidé de faire une ptite virée chez les Ch'tis en descendant du train à Hazebrouck. Une soixantaine de km m'attend pour rejoindre Dunkerque en passant par le BPF du Mont des Cats et le col voisin de Berthen en Flandres. Ce n'est pas trop long et plus ludique qu'une attente interminable en ville ou dans la chambre d'hôtel.

col de Berthen
CCC : Col Chez les Ch'tis : le vélo en est tout retourné !

Pour une fois j'apprécie d'avoir le vent de face : je sais que demain je l'aurai dans le dos !

Dormir en bord de Seine

Lever 4h45 pour un départ prévu à 5h30. En descendant à la réception de l'hôtel j'ai la bonne surprise de voir que je vais pouvoir prendre un petit déjeuner. Contrairement à ce qui m'a été dit hier soir le buffet est déjà ouvert pour des cheminots qui vont embaucher.

Le carnet de route dûment tamponné, je m'élance à travers Dunkerque sans hésitation : trois départ en 24 mois, je commence à connaître le chemin ! L'objectif du jour : dormir en bord de Seine.

Au lever du jour le froid me pique les jambes. Quelques bancs de brume matinale s'étirent de loin en loin.

Je ne branche le GPS qu'à Cassel, là où la route devient nouvelle pour moi, histoire d'économiser la batterie. Aire sur la Lys, jolie bourgade, site BPF, est vite atteinte. A l'heure de l'embauche les routes s'animent mais je m'en échappe en empruntant de petites routes parfois même vicinales avec un peu d'herbe au milieu !

Aire sur la Lys
Aire sur la Lys : collégiale St Pierre

Je fais une pause à Auxi le Château, deuxième BPF du jour, puis pour déjeuner à l'Etoile en vallée de Somme.

La campagne picarde est moins vallonnée que je le pensais. De larges plateaux permettent de se reposer des quelques côtes rarement pentues sauf à Poix de Picardie, mais là j'avais été averti à la lecture de plusieurs comptes rendus de mes prédécesseurs.

Arrivé dans l'Oise je dévie de l'itinéraire principal pour visiter les BPF de Songeons et St Germer de Fly où l'employée de l'office du tourisme me pose de nombreuses questions à la vue du carnet de route.

Gerberoy
Entre Songeons et St Germer de Fly, le charmant village de Gerberoy

St Germer de Fly
St Germer de Fly : l'abbaye

La traversée du Vexin restera un des bons moments de cette diagonale. Entre bois et vallées, je suis surpris par la variété des paysages. Il faut dire que cette année, la nature est particulièrement luxuriante !

Après Vétheuil, je l'aperçois enfin, cette Seine tant espérée ! La garce se cache derrière des rideaux d'arbres. Je la pensais plus majestueuse. Elle ressemble finalement à une rivière ordinaire.

Un cyclo qui fait du « vélotaf » me rattrape et me sort de mes pensées. Il se met à mon rythme pour palabrer en cette fin d'étape. Sympa.

la Seine à Mantes la Jolie
Mantes la Jolie : yapuka traverser la Seine, mais pas à la nage !

Mantes, terme de cette étape, doit accueillir les championnats de France de cyclisme le week-end suivant. On ne manquera pas de me faire remarquer que je suis en avance.

Passer la Loire

Je m'élance dès 5h 45 pour cette deuxième étape qui doit me mener au delà de la Loire. Il fait encore frais ce matin mais pas froid. Je fais un arrêt boulangerie à Houdan. Petite contrariété : mon compteur indique 32 km parcourus contre 25 comme écrit par erreur sur la feuille de route. Même si l'hôtel était à l'écart de l'itinéraire le débours est important.

Après Nogent le Roi, je prends une route tranquille qui suit la vallée de l'Eure et me mène à Maintenon (BPF) puis Chartres. Quelques kilomètres avant cette ville, la cathédrale apparait soudain au milieu des champs de céréales. Le relief cache la ville, on ne voit que le monument ! Je pense à l'émotion que devaient ressentir les pèlerins à cette vue.

Chartres
Chartres en arrivant par le nord

La suite est plus monotone. C'est la traversée de la Beauce sans bosses.

lavandes en Beauce
Beauce ou Provence ? Un champ de lavande

Après Chateaudun (BPF) je déjeune à Oucques. Alors qu'il y a du monde, la patronne de la brasserie me fait un service exprès comme demandé. Merci madame ! Je peux donc reprendre ma route vers Blois où je traverse la Loire. Avec les pluies de ces derniers temps, celle-ci est imposante.

la Loire à Blois
La Loire à Blois

Les paysages sont désormais plus variés, la route plus vallonnée. Avec la chaleur, je m'octroie un arrêt non prévu à Montrichard sur les bords du Cher. Le vent favorable me le permet. Plutôt que de gagner du temps, je préfère en garder sous la pédale et bien m'hydrater. Aujourd'hui, je vais consommer huit litres pour 300 km, soit 2,7 l au 100 !

Je fais le dernier pointage du jour à Loches (BPF). L'aperçu que j'ai sur la ville me donne envie d'y revenir en famille pour une visite plus détaillée.

Loches
Loches

Il me reste 46 km pour rallier La Roche Posay. Les routes sont très calmes en ce début de soirée. La chaleur tombe peu à peu. Tout appelle à la sérénité. Avant de gagner l'hôtel, je ne manque pas de faire un aller retour pour aller chercher le « col » des Sarrazins.

Tutoyer la Garonne

Aujourd'hui, mon chemin doit (déjà) me mener dans l'Entre Deux Mers, entre Dordogne et Garonne.

Comme les autres matins je pars à la pointe du jour. J'arrive dans une région que j'ai déjà parcourue récemment lors de mes sorties préparatoires. Les villes défilent : Chauvigny, Gençay, Ruffec d'où je vais gagner Angoulème par des petites routes. Je reconnais les endroits où je suis passé deux semaines plus tôt. Mais depuis, après Luxé, les ponts et chaussées ont travaillé avec zèle : la route a été gravillonnée avec une bonne couche de petits gravillons gris. Soudain, après plusieurs centaines de mètres, l'un d'entre eux se bloque entre le frein et le pneu. Je stoppe en catastrophe. Je vois une ligne noire sur le pneu. Je regarde de plus près : rien de tangible. Je repars. Rebelote quelques instants après. Ce tronçon terminé, voilà qu'un autre apparaît trois kilomètres plus loin. Là, je suis réellement agacé !

Mauvaise pioche lors de la pause méridienne à Angoulème : service lent (¼ d'heure d'attente pour faire réchauffer le plat du jour) pour un repas médiocre. Pas rancunier, je lui attribue le premier prix du bon mot qui m'a laissé sans voix :
- Je prendrai un demi s'il vous plait.
- Rouge ou rosé ?
- ??
Je tue le temps en examinant de plus près mon pneu avec les lunettes adéquates. Je trouve une entaille. Je pense que ça doit tenir mais par précaution je changerai le pneu dès que possible.

En guise de digestion je parcours sous un soleil de plomb la partie la plus vallonnée de la diagonale jusqu'à Montmoreau.

Après un bref passage en Dordogne la suite est plus cool malgré une circulation qui se densifie entre Coutras et Libourne. J'y traverse la Dordogne avant d'attaquer l'Entre Deux Mers jusqu'à Créon.

la Dordogne à Libourne
La Dordogne à Libourne

L'Adour, porte du Pays Basque, l'objectif

Petit regard par la fenêtre dès le réveil : la journée promet d'être belle avec quelques nuages d'altitude. Youpi !

Il fait encore frais ce matin au départ. Je vais même avoir quelques bancs de brouillard avant de plonger sur Cadillac où je fais un arrêt boulangerie. Ça y est, je traverse la Garonne ! Celle ci se prélasse dans son lit au milieu des brumes matinales.

la Garonne à Cadillac
La Garonne encore endormie

Entre Illas et Landiras il y a de la circulation. Ça sent l'embauche.

Tout à coup un cyclo avec gilet fluo me hèle. Il s'agit de Bernard Ducornetz, sariste (membre du Service Accompagnement Routier de l'Amicale des Diagonalistes Français) de Podensac. Il va m'accompagner une trentaine de km où je vais enfin pouvoir blablater … vélo !

Vers 9h Bernard souhaite me payer le pot du sariste à Sore. Pas de chance c'est fermé. Les patrons sont de passage mais nous informent qu'ils n'ouvrent que dans une heure. Optimistes, nous pensions qu'ils allaient ouvrir la boutique !…

Bernard Ducornetz
Bernard Ducornetz devant le bar de Sore désespérément fermé.

Quelques kilomètres après Bernard fait demi-tour. Merci ami sariste de ton accompagnement. La suite est monotone mais je ne ressens pas de lassitude. Ça se passe bien mieux que sur Strasbourg Hendaye où j'avais mal aux fesses. La Brooks n'y est certainement pas étrangère.

Je déjeune à Castets, bien et rapidement pour un prix raisonnable.

A partir de Tosse les choses se compliquent : la circulation se densifie et il me faut emprunter les pistes cyclables avec les inconvénients habituels : détours, bordures aux carrefours, racines saillantes, …

Je pointe le BPF d'Hossegor avant de rejoindre le confrère des Cent Cols Guy CHAURIN qui m'attend à Labenne. Il va me faire traverser Bayonne où le pont St Esprit est fermé pour travaux. Entre circulation dense et montées ou descente la conversation est hachée. Le pot de l'amitié pris à la sortie de Bayonne permet de se donner rendez-vous lors d'un prochain séjour Cent Cols.

Guy Chaurin
L'ami Guy traverse l'Adour

l'Adour à Bayonne
L'Adour à Bayonne

Le final est sans surprise. Je profite pleinement du temps présent sans contrainte horaire pour faire du tourisme à partir de St Jean de Luz.

St Jean de Luz
Le port de St Jean de Luz

Hendaye
Les Deux Jumeaux à Hendaye

Contrairement à mes premières diagonales je ne ressens pas d'émotion particulière mais tout de même une grande satisfaction d'avoir atteint le but.

Hendaye
Point final

Etude de parcours Gilbert JACCON : cliquer ici