Diagonales

Brest - Menton : la grande !

L'idée a germé dans le courant de l'hiver. C'est sur Brest Menton qu'une nouvelle diagonale va se dérouler pour quatre copains de l'ASPTT Périgueux en 2011. Après s’être fait les dents sur Strasbourg Hendaye David souhaite se lancer sur la « grande ». Philippe va y connaître le baptême du feu. Alain en est aussi à sa seconde comme David, quant à moi, c’est ma troisième.

Départ le dimanche 31 juillet du commissariat de Brest à 6h30. Les policiers sont contents de nous voir, après une dure nuit passée à gérer les débordements d'une sorte de rave party.

Port de Brest
Le port de Brest

La première étape s'est déroulé comme prévu, au plus près de l'horaire avec le passage du célèbre Roc Trévezel qui verra durant août d'autres cyclistes sûrement plus dans le dur (PBP) que quatre fringants randonneurs dans l'entame d'une diagonale.

La concentration est bien présente tout au long de l'étape. Heureusement. C'est dans l'après midi qu'une chambre à air éclate à l'arrière à près de 30km/h dans une légère descente. Le pilote contrôle et s'arrête en guidonnant un peu. Pas de bobos. Pourtant le pneu est neuf et le montage pneu chambre avait déjà près de 300km dans la bande roulante. Bizarre. Ce sera le seul incident de cette belle randonnée. Le contrôle par le Sariste René ?????? se fait amicalement avec le plaisir de rencontrer un Maitre Es Longues randonnées ! Nous l'avions croisé deux mois avant durant Bordeaux Sète !

Bonne nuit en sortie de Bretagne à Chateaubriant après un repas costaud et revigorant.

La deuxième étape célèbre la Loire de long en large. Presque une mini diagonale. Majestueuse Loire. Dès le milieu de matinée, le soleil chauffe. C'était à prévoir. Tenter une diagonale début août, la canicule est plus prévisible que la tempête de neige ! C'était déjà un pari.

Le repas de midi se fait juste à l'entrée de Chinon. Un peu Rabelaisien, le restaurateur nous abreuve de bon Chinon au pichet, de maquereaux au vin blanc maison, d'une grillade large et d'une pâtisserie nourrissante. Trois équipiers prennent ce repas avec délice et appétit. Quant au quatrième, la déglutition est trop dure. Le maquereau ne passe pas. L'après midi sera longue.

Toujours sous une lourde chaleur, épaisse et avec un vent léger de travers et des ondulations marquées, les forces sont déjà mises à rude épreuve dès la fin de cette deuxième journée. Notre copain ne digère pas et blêmit à vue d’œil. Courageux et plein d'expérience, il finira l'étape mais ne pourra pas se nourrir le soir au repos.

Les toboggans de l'Indre finissent de nous achever. C'est avec une température qui baisse d'un cran que nous traversons Châteauroux. L’hôtel se trouve juste à la sortie. Ouf !

Notre camarade passe sa nuit à tergiverser. Partira, partira pas ? Quelles sont les gares possibles sur le parcours pour rentrer en train ? Mais il repart à l'abri dans nos roues au petit matin. Les bosses ondulantes du Berry ne nous surprennent pas mais sont toutefois redoutables. Le vent souffle déjà de travers. On ne l'attendait pas dans ce sens. Puis l'Allier, département difficile à cycler. Un département redoutable pour le cycliste !

Davidr qui a fait en 2010 Strasbourg – Hendaye en solo repasse au Montet. Un bourg haut perché entre Cosne d'Allier et Saint Pourçain sur Sioule, qui domine les environs à plus de 10km à la ronde. Ce qui en fait, pour lui et rien que pour lui, le centre de la France !

Mais le plus dur arrive après Vichy avec la remontée par la vallée du Sichon recommandée par Bernard Lescudé himself, est un morceau de choix. Dur et éprouvant, dans ce secteur les cyclistes donnent leur pleine mesure. Certainement pas en force mais en constance et en endurance.

Las, alors que le relief allait devenir plus tranquille, un vent fort et puissant se lève ¾ face en fin d'après midi pour retarder le plus possible notre arrivée sur Saint Etienne. C'est une nouvelle épreuve. Les équipiers courbent l'échine en faisant de courts relais. Notre camarade diminué reste très vigilant pour rester à l'abri dans les roues. Le relief n'est pas favorable non plus. C'est un morceau de bravoure. L'épreuve de cette diagonale. La moyenne chute et l'arrivée à Saint Etienne se fera de nuit avec du retard après un arrêt pizza nécessaire pour refaire le plein.

La nuit est reposante. Le départ avec la traversée de Saint Etienne au matin se fait en douceur, avec quelques difficultés pour sortir du labyrinthe stéphanois ! Un bon quart d’heure de perdu .La sortie se fait par une longue côte parallèle au col de la République pour rejoindre Le Bessat. Le pourcentage franc dans la montée en 4-5-6% nous convient bien. Habitués à rouler ensemble, il y a peu d’écart au sommet du col de la Croix de Chaubournet. Le contournement par l'Ardèche pour « tomber » dans le Rhône se fait avec de longues côtes que nous enfilons comme de « grosses »perles. Notre collègue qui était malade et fragile depuis deux jours reprend du poil de la bête. Tout le monde respire, pas de doute, il ira au bout avec nous !

Valence nous cuit. Et la remontée vers Die nous brûle. Le soleil s'acoquine avec le vent de travers pour nous faire souffrir. Le relief n'est pas difficile mais l'allure reste lente pour nous. Le plus gaillard des équipiers est pris « d'un coup de blues » cycliste, soudain et sans explication, qui part comme il est arrivé. Ah, ce fameux coup de blues cycliste, il est redoutable même pour un grand costaud. Sans panique, il est attendu et suivi par les trois autres participants. On se soutient, on se parle, on s'écoute et finalement on avance.

Au contrôle de Crest, scène habituelle de diagonale, la commerçante nous demande où nous allons :
-A Sisteron
- Oh mais c’est loin ça !
- On y sera ce soir
- Oulala ! Bon courage !
- Merci Madame

Là encore, le début de soirée avec une température plus douce sans les rayons ardents du soleil nous convient bien mieux. Et ce qui nous va encore le mieux ? Un bon petit col comme le col de Cabre qui nous ouvre (enfin) les portes du Sud. On monte au train, on pédale comme on aime, on se fait plaisir et la descente se fait sur près de 40km pour rejoindre Sisteron alors que le jour se couche.

L'hôtelier joue le jeu. Son buffet prend un sacré coup ! Les estomacs sont bien nourris avant une bonne nuit.

Dernière étape de plaisir. Même si le soleil est chaud bouillant, le vent particulièrement fort, rien n'arrête ces cavaliers à roues, qui avancent au tempo prévu vers le point final de la randonnée.

L’arrivée au col de Toutes Aures nous fait définitivement basculer vers la « grande bleue ». Nous y passons un moment de détente avant de basculer sur Nice.

col de Toutes Aures
David, Jean-Pierre, Alain et Philippe au col de Toutes Aures

Quelques difficultés sont encore toutefois au programme avec une superbe côte pour monter vers Levens. On se coule ensuite entre les voitures pour rejoindre l'entrée de Nice. Là encore, ce n'est pas la facilité qui a été choisie puisque nous remontons jusqu'en haut de La Turbie pour poster la carte d'arrivée. Vraiment ces côtes franches nous vont bien ! Le point de vue est un vrai plaisir. La Méditerranée vue depuis une altitude de 500m est d'une fascinante beauté.

Sans un coup de pédale, l'arrivée sur Menton se fait avec un plaisir simple, presque pudique. Nous avons le sentiment de maîtriser notre art, notre passion. Ni le soleil, ni le vent ne nous ont vaincus malgré de sourdes tentatives. En équipe, nous avons été forts.

Menton
La "grande" est scalpée

Etude de parcours Gilbert JACCON : cliquer ici